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L'histoire du mouvement des Junior-Entreprises : de 1967 à aujourd'hui
En 1967, à l’ESSEC, quelques étudiants distribuent des tracts dans les couloirs de leur école avec une idée encore floue pour l’époque : permettre à des étudiants de travailler pour de vrais clients pendant leurs études. Ils ne sont que sept à rejoindre l’aventure. Rien ne laisse alors imaginer que cette initiative étudiante deviendra, près de soixante ans plus tard, le plus grand mouvement étudiant entrepreneurial d’Europe.

Sommaire
1967 : la naissance d'une idée à l'ESSEC
Tout commence en 1967, à l'ESSEC. Pierre-Marie Thauvin, étudiant convaincu que "la meilleure école c'est la vie et le meilleur maître c'est l'expérience", décide de créer une structure permettant aux étudiants de travailler pendant leurs études. Il distribue des centaines de tracts dans l'école. Il ne reçoit que six candidatures.
Ce premier mandat de l'histoire des Junior-Entreprises est donc constitué de sept personnes. Parmi elles se trouve Gérard Lefebvre, étudiant doté d'une fibre commerciale hors norme. C'est lui qui signe, fin 1967, la première étude du Mouvement, un pas historique.
La nature de cette première mission est à l'image de l'époque : déplacer des éléments métalliques d'un point A à un point B dans une usine. La notion de "caractère pédagogique" n'est pas encore évoquée. L'objectif est simple : permettre aux étudiants de gagner un peu d'argent en travaillant.
1969 : la fondation de la CNJE
Marqué par mai 1968, Gérard Lefebvre voit dans les Junior-Entreprises un moyen de réconcilier les étudiants avec le monde professionnel. Il contacte ses amis dans d'autres écoles de commerce pour créer de nouvelles structures. Les missions s'enchaînent, mais un problème se pose rapidement : les entreprises réclament des factures pour les montants importants, et les études ne sont pas déclarées.
Lefebvre prend conscience de la nécessité de structurer le développement du Mouvement. En mai 1969, il fonde la Confédération Nationale des Junior-Entreprises (CNJE). À son origine, elle regroupe les Junior-Entreprises des écoles de commerce de Bordeaux, Montpellier, Amiens, Lille, Nancy et de l'ESSEC.
La CNJE a dès le départ une double mission : structurer le développement commercial des JE et préserver l'image de marque du Mouvement, car de nombreux étudiants voyaient les Junior-Entreprises uniquement comme une source de revenus.
Premier congrès de l'histoire : en 1971, à Nice, avec 14 Junior-Entreprises. En 1974, le Mouvement est suffisamment reconnu pour que le Ministre du budget Poncelet intervienne devant les participants.
Les années 80 : le boom et le cadre légal
La croissance est spectaculaire. Le nombre de Junior-Entreprises passe de 25 en 1978 à 39 en 1979, puis franchit le cap symbolique des 100 structures en 1987. Le chiffre d'affaires cumulé du Mouvement passe de 42 millions de francs en 1985 à 63 millions en 1987, pour atteindre 97 millions en 1991.
Ce développement impose une reconnaissance légale. En 1984, la lettre de Bérégovoy définit le cadre fiscal des Junior-Entreprises, les soumet à la TVA et à l'IS. L'année suivante, un procès oppose la Junior des Mines de Saint-Étienne à l'URSSAF, et débouche sur une décision défavorable au Mouvement.
La CNJE se rapproche alors du Ministère des Affaires Sociales. L'arrêt de la Cour de cassation du 15 juin 1988 entérine l'assujettissement des intervenants au régime général des salariés. Dans la foulée, l'arrêté du 20 juin 1988 rattache les Junior-Entreprises au régime général de la Sécurité Sociale et met en place l'assiette forfaitaire de cotisations. Le Statut Dérogatoire voit le jour.
À retenir : 1987 est aussi l'année de deux autres jalons fondateurs : la création des Prix CNJE (dont le Prix d'Excellence, sponsorisé par Les Echos) et le premier congrès européen des JE à Barcelone.
Les années 90 : l'âge d'or et l'internationalisation
Les années 90 sont celles de la consolidation et du rayonnement international. Le Mouvement compte 109 structures en 1992, année du lancement des premiers audits officiels.
Côté international, le concept à l’origine Français s’exporte. En 1987, la France, la Suisse et l'Espagne signent un protocole d'accord européen. En 1990, lors d'un séjour à San Sebastian réunissant les confédérations française, espagnole, portugaise et italienne, naît l'ancêtre de Junior Enterprises Europe.
Son acronyme, JADE, pour Junior Association for Development in Europe, ne doit son nom qu'à la couleur préférée de la Vice-Présidente de la CNJE alors en charge de l'international.
En 1991, la CNJE lance les premiers Clubs de l'Avenir : un think-tank réunissant dirigeants et décideurs devant les JEeurs. Première édition avec le Premier Ministre Barré, Bernard Arnault (PDG LVMH) et Delaporte (PDG EDF).
La CNJE se dote également de ses premiers salariés permanents. Florence Glover rejoint la structure en 1991 en tant qu’Attachée de Direction, avec un rôle essentiel dans une organisation portée par des mandats étudiants renouvelés chaque année. Spécialiste du statut dérogatoire, elle accompagne depuis plus de trente ans les présidences successives sur les enjeux administratifs et réglementaires du mouvement, et constitue aujourd’hui l’une des mémoires les plus précieuses de la CNJE.
2000-2020 : structuration et moments marquants
Les années 2000 voient la structuration technologique du Mouvement. En 2010, dans la nuit du 2 au 3 février, aux alentours de 3h30 du matin, le nom "Kiwi" est trouvé pour la plateforme de gestion interne, verlant du mot "Wiki". La V1 est opérationnelle en moins de deux mois pour l'AGP du 13 mars.
En 2004, la CNJE réalise l'un de ses coups les plus spectaculaires : faire venir Bill Gates, alors homme le plus riche du monde, à la tête de Microsoft (55 000 employés, 32 milliards d'euros de CA), devant 800 étudiants à l'École Nationale Supérieure des Arts et Métiers. Gates intervenait directement après un entretien avec le Président Chirac à l'Élysée.
En 2020, face au Covid-19, le Mouvement innove : le Congrès National d'Hiver devient la JEX (Junior Enterprises Experience), un congrès 100% en ligne réunissant 2 500 participants de France, Tunisie, Suisse, Maroc et Belgique, dans un univers virtuel avec avatars, se positionnant comme le plus grand événement étudiant en ligne de France.
2022 : les JE entrent dans la loi
Pendant trente-quatre ans, le statut dérogatoire des intervenants a tenu sur un fil. Depuis 1988, il reposait sur un simple arrêté, jamais inscrit dans la loi française. À la fin des années 2010, ce vide juridique devient une menace existentielle. En juin 2022, l'Unédic le formule sans ambiguïté : sans statut légal propre, l'exonération de cotisations n'a plus de fondement. Plusieurs Junior-Entreprises reçoivent des injonctions de paiement de l'URSSAF.
Le mouvement tel qu'il existe depuis 1967 risque tout simplement de disparaître.
Alors le réseau se lève. Sous la présidence de Yanis Gannouni, la CNJE déclenche une mobilisation sans précédent.
Partout en France, des étudiants de vingt, vingt-deux ans décrochent leur téléphone, sollicitent des rendez-vous dans les permanences parlementaires, se retrouvent dossier sous le bras face à des élus pour expliquer ce qu'est une JE, ce que ça forme, et ce que le pays perdrait si le dispositif s'effondrait.
270 députés soutiennent le projet, toutes sensibilités politiques confondues. Le 20 octobre 2022, Gabriel Attal, futur Premier ministre, alors Ministre délégué chargé des Comptes publics, monte au pupitre de l'Assemblée Nationale pour défendre l'amendement. Le texte est adopté. Il est publié au Journal Officiel du 23 décembre 2022.
Pour la première fois en cinquante-cinq ans, le concept Junior-Entreprise entre dans le droit français. Ce que sept étudiants de l'ESSEC avaient inventé en 1967 devient officiellement un dispositif pédagogique reconnu par l'État.
Un travail exceptionnel, porté par des centaines d'étudiants qui ont refusé de laisser mourir ce que des générations entières avaient construit avant eux.
Le mouvement Français aujourd'hui
Près de 200 structures. 25 000 étudiants. 12 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2024, avec un objectif de 20 millions à horizon 2030.
Le concept Junior-Entreprise, née en France, est aujourd'hui présent dans 45 pays. À l'échelle mondiale, Junior Enterprises Global fédère plus de 2 100 structures et 80 000 étudiants actifs.
Mouvement étudiant unique en son genre, la CNJE dialogue depuis près de soixante ans avec les gouvernements successifs et les institutions publiques, noue des partenariats avec certains des plus grands noms de l'économie française — BNP Paribas, EY, Air France, Engie, Alten, la Banque de France — et s'est imposée comme partenaire emblématique du MEDEF, et siège d'ailleurs à son Comex40.
L'histoire des Junior-Entreprises, c'est surtout celle d'étudiants qui ont refusé d'attendre la fin de leurs études pour agir. Des générations entières qui ont créé, négocié, dirigé, géré des équipes, des clients, des crises, des ambitions, avant même d'avoir leur diplôme et en parallèle de leurs études.
Des milliers d'anciens JEeurs occupent aujourd'hui des postes de dirigeants, entrepreneurs, investisseurs, hauts fonctionnaires. Tous racontent la même histoire : leur premier vrai contrat, leur premier management, leur premier échec, leur première responsabilité, c'était en Junior-Entreprise.
Sept étudiants en 1967. Un réseau mondial aujourd'hui.
Depuis près de soixante ans, le Mouvement des Junior-Entreprises ne forme pas seulement des étudiants. Il forme celles et ceux qui construiront l'économie de demain. Les talents de demain, aujourd’hui.
👉 Accéder à l'exposition l'Histoire du Mouvement des Junior-Entreprises
Sources : Exposition sur l'Histoire du Mouvement des Junior-Entreprises, CNJE (document de référence interne, 2025).

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